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Algérie : la famille de Mohamed Tamalt veut "soumettre le dossier médical à d’autres experts"

Le rapport d’autopsie du journaliste algérien Mohamed Tamalt a conclu à "l’absence de trace de violence" mais sa famille réclame de pouvoir consulter le dossier médical complet.

 France 24 s’est entretenue avec son avocat, Me Amine Sidhoum.

Qu’est-ce qui a conduit à la mort de Mohamed Tamalt ? C’est la question à laquelle cherche à répondre la famille de ce journaliste mort le 11 décembre dans un hôpital d’Alger, après trois mois de grève de la faim et trois mois de coma.



Mohamed Tamalt avait été condamné à une peine de deux ans de prison pour "offense au président de la République". Les accusations portées contre le journaliste algéro-britannique de 42 ans étaient relatives à des contenus "diffusés sur sa page Facebook, notamment [...] un poème contenant des vers insultant [le président Abdelaziz] Bouteflika", a précisé Human Rights Watch. Selon Amnesty international et Reporters sans frontière, il s’agit du premier cas de journaliste mort en prison.



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"Le 9 août [lors de son procès en appel], il avait déclaré devant le procureur général avoir subi des violences et des insultes de la part des gardiens de prison", a expliqué Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty International Algérie, au Monde.



Le rapport d’autopsie ne fait aucunement mention de ces mauvais traitements et affirme que "le décès est consécutif à un sepsis grave polyviscéral [détérioration des organes] [....] à l’origine d’un choc septique directement responsable de la mort [...]", rapporte le média algérien en ligne TSA-Algérie.



La famille de Mohamed Tamalt conteste cette version des faits et exige désormais d’avoir accès à l’intégralité du dossier médical du défunt. L’avocat de la famille, Me Amine Sidhoum, a déposé début décembre des demandes au procureur général d’Alger et au procureur de la République à Koléa. Il a répondu mardi 27 décembre aux questions de France 24.



France 24 : Pouvez-vous nous dire où en est aujourd’hui l’affaire Mohamed Tamalt ?



Me Amine Sidhoum : Nous avons formulé plusieurs demandes, auprès du ministère de la Justice algérien, au procureur de la ville de Koléa où était emprisonné Mohamed Tamalt, ainsi qu’au niveau du procureur de la ville d’Alger et au directeur de l’établissement pénitencier pour réclamer le dossier médical complet depuis l’incarcération de Mohamed Tamalt le 28 juin 2016 jusqu'à sa mort. Nous voulons soumettre ce dossier médical à d’autres experts pour connaître les véritables raisons de sa mort. Il n’y a pas que les médecins de l’hôpital Lamine Debaghine qui sont experts en la matière.



Comment avez-vous accueilli le rapport de l’autopsie qui exclut les traces de violences sur le corps de Mohamed Tamalt ?



On ne peut pas se baser uniquement sur le rapport d’autopsie rendu public par le ministère de la Justice. Nous souhaitons, avant d’accuser telle ou telle partie ou de prendre la parole publiquement, accéder à tous les éléments du dossier médical. Le ministère de la Justice et l’administration pénitentiaire disent que Mohamed Tamalt est mort d’un AVC, alors qu’il était en grève de la faim. C’est un débat médical d’où l’intérêt de soumettre le dossier à d’autres experts indépendants.



Dans son dernier communiqué, la direction générale de l’administration pénitentiaire menace de poursuivre en justice toute personne qui exploite la mort de Mohamed Tamalt. Qu’en pensez-vous ?



Je trouve très étrange de publier un communiqué qui implique des menaces directes contre la défense. Ils doivent comprendre que le temps des menaces est révolu en Algérie. Le ministère public aurait mieux fait de collaborer avec la défense pour trouver la vérité. Nous défendons les intérêts de Mohamed Tamalt et de sa famille. Mais une chose est sûre : après le journaliste, on cherche à faire pression sur les avocats. C’est une première en Algérie.



Quelles sont les suites que vous comptez donner à cette affaire ?



Pour le moment, on essaye d’épuiser toutes les voies de recours en interne. Quant aux pressions internationales, le régime algérien n’y est plus sensible. Il s'en moque complétement. Mais cela ne veut pas dire que l'on va rester les bras croisés.



Que pensez-vous de la liberté de la presse et des droits de l’Homme en Algérie ?



La mort de Mohamed Tamalt en prison est un précédent dans l’histoire de l’Algérie indépendante. D’autres journalistes sont encore en détention comme Hassan Bouras. Des avocats subissent aussi des pressions de la part de l’État. Il y a une répression contre toute personne qui dit "non" au pouvoir en place ou qui a une vision différente de la sienne. Mais pour nous, tout va se jouer entre la force de la loi et la loi de la force.

 

france24

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