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Le Ministre de l’Economie et des Finances à Horizons : “Le Code des Investissements a été révisé en vue de favoriser le développement à l’intérieur du pays”

«La concrétisation des orientations du Président de la République en matière de lutte contre la gabegie a engendré un bond qualitatif en matière de développement »,

nous déclaré le ministre de l’Economie et des Finances, Monsieur Moctar Ould Djay dans l’interview exclusive qui suit où il a notamment indiqué que le taux de pauvreté a diminué de 11 points entre 2008 et 2014, passant de 42% à 31%.

Le ministre a souligné que les équilibres macroéconomiques ont conservé leur stabilité et que les secteurs des services de base, de l’enseignement, de la santé, des infrastructures  de base, de  l’énergie, de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’emploi ont été jugés prioritaires en matière d’investissements publics.

L’année 2017 sera marquée par le lancement de trois projets structurants qui auront des effets positifs sur la croissance du pays, a dit le ministre, précisant qu’il  s’agit du port de N’Diago, de la reprise des travaux du port de  Tanit et de la grande mosquée dont la  capacité d’accueil est  de 15.000 fidèles qui sont des projets de nature  à doper à l’activité économique par la création de nouvelles opportunités d’emploi.

Ci-après cette interview en intégralité

Horizons: Les pouvoirs publics ont annoncé depuis 2009 leur engagement d’assainir les finances publiques et de réaliser les grands équilibres macro- économiques. Quels sont les moyens utilisés à cette fin et quels en sont les résultats ?

Moctar Ould Djay : Permettez moi tout d'abord de vous remercier de cette opportunité et de rappeler d'emblée que Président de la République, Son excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel AZIZ, n’a cessé de réitérer son engagement de principe, de lutter contre la gabegie, engagement qu’il considère comme un choix irréversible, conscient qu’il est des répercutions catastrophiques qu’elle a engendrées sur le développement du pays.

 Cette situation a eu pour effet de multiplier les surcoûts et dépenses supportées par le budget de l’Etat, d’entamer la confiance des investisseurs et de compromettre la répartition équitable des revenus.

 Aussi le Chef de l’Etat a –t-il fait de la lutte farouche contre ce fléau un axe majeur de son programme électoral que les Mauritaniens ont validé pour un premier et un second mandat.

Consacrant cette orientation, le Gouvernement a adopté la Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption depuis décembre 2009 montrant ainsi sa volonté ferme de lutter contre ce phénomène. Il a, pour y parvenir, lancé des réformes profondes mettant en place des mesures concrètes dont certaines ont porté sur les aspects d’ordre juridique et organisationnel comme la redynamisation des instances de contrôle (Cour des Comptes ; Inspection Générale de l’Etat ; Inspection Générale des Finances ; Inspections Internes). C’est ainsi que des inspections régulières ont touché la plupart des services publics. Aussi, une attention particulière a été accordée au suivi des activités de la commission pour la transparence financière de la vie publique  ainsi que la publication régulière du rapport annuel relatif à l’initiative de la transparence des industries extractives.  En outre, la Commission de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme a été redynamisée. A cela s’ajoute l’adoption de mesures rigoureuses à l'encontre des contrevenants. Cette orientation a été appuyée par l’adoption de la loi contre la corruption et la prise de décrets d’application y afférant. Notre pays a également ratifié  les normes ISO annoncées par ISO – Corruption et créé un comité tripartite de suivi de l’exécution de la stratégie nationale de lutte contre la corruption.

 Dans le domaine des finances publiques, notons l’approbation en Conseil des Ministres, fin Octobre dernier, du projet de loi visant la révision de la loi organique portant Lois de Finances - qui n’a jamais été révisée depuis 1978 - en y apportant les améliorations appropriées et pour l’adapter à la situation économique et financière du pays .

Cette loi permettra de passer d’un budget classique basé sur la spécialisation à un budget-programmes fondé sur la fixation des objectifs qu’il y a lieu de réaliser de la manière la plus efficiente. Cette mesure permettra en outre, de renforcer le contrôle parlementaire sur l’action du Gouvernement.

En Décembre 2015, le Code des Investissements a été révisé en vue d’encourager les investissements à l’intérieur du pays à travers le renforcement de l’arsenal de mesures de stimulation (douanières et fiscales.

De même, la loi sur les marchés publics de juin 2010, a pour objectif de parvenir à une gestion transparente, efficace et juste des marchés publics, elle détermine trois fonctions en rapport avec la passation des marchés à savoir: l'attribution, le contrôle et la régulation.

Une autre innovation consiste en l’évaluation périodique du tableau des opérations financières de l’Etat et sa présentation au Conseil des ministres accompagné, d’un rapport détaillé sur le niveau d’exécution semestrielle du budget général de l’Etat.

En outre, dans le cadre de la préparation du budget général, il a été tenu compte de l’évaluation des budgets antérieurs et les différents départements ministériels ont été impliqués avec, pour finalité, une programmation qui répond aux objectifs des politiques sectorielles.

Au plan de l’évasion fiscale, de nouvelles mesures ont été prises en vue d'imposer l’autorité fiscale de l’Etat en plus de la rationalisation des dépenses publiques, la maîtrise des charges ainsi que l’élaboration des lois de règlement des budgets antérieurs jusqu’à celui de 2015 en plus de l’assainissement du registre des salaires qui est désormais relié au numéro national d’identification.

A cela s’ajoute la dynamisation de la Direction de la Tutelle des Entreprises Publiques ; l’audit des comptes des établissements publics à caractère industriel et commercial et des entreprises à capitaux mixtes ; le développement d’un système de données intégré au niveau de la Direction Générale des Impôts ; l’utilisation du système Sydoniaword qui a permis la simplification des procédures, l’amélioration du suivi douanier et le début de la mise en service du système informatique de la Direction des Domaines.

Aussi, de nouvelles mesures ont été initiées pour contracter les dépenses  non essentielles de l’Etat et favoriser l’équité entre les fonctionnaires s’agissant des avantages accordés (logement, transport etc.). Dans le cadre de la gestion maitrisée des ressources humaines de l’Etat, le système intégré de gestion des fonctionnaires et agents de l’Etat permettra une meilleure gestion des besoins de l’administration et garantira la réalisation de la complémentarité entre les différents services de l’Etat, à travers la création du dossier unique des fonctionnaires et agents de l’Etat.

La référence au numéro

national d’identité a permis

de baisser considérablement

 les charges salariales

Parallèlement à cela, et tout comme au niveau du service central de la solde, les salaires au niveau des établissements publics ont pu être maîtrisés grâce à une référence au numéro national d’identité, une mesure qui a permis de baisser considérablement les charges salariales par l'éviction des doublons.

De même, un mécanisme d’audit du système de facturation de la consommation de l’Etat en matière d’eau, d’électricité, de téléphone, de collecte des ordures et de voyage des fonctionnaires à l’étranger a été mis en place.

 Dans le domaine de la lutte contre la gabegie liée à l’investissement, un nouveau code des investissements a été adopté protégeant davantage les promoteurs privés et prévoyant un guichet unique qui limite les rapports directs entre investisseurs et fonctionnaires. A cela s’ajoute la réforme des marchés publics avec notamment la séparation entre les fonctions de passation des marchés, de contrôle et de régulation pour une meilleure consécration de la transparence ; le tout couronné par la mise en place d’une feuille de route pour améliorer le climat des affaires, ce qui a permis au pays d’améliorer son classement Doing Business de 16 points au cours des deux dernières années.

Parler de la lutte contre la gabegie et des actions entreprises par les pouvoirs  publics nous conduit à souligner l’importance de la communication et de la sensibilisation. Dans ce cadre des rencontres de haut niveau ont été organisées à Nouakchott en 2012 et en 2013  donnant lieu à la participation de représentants de pays africains, d’organisations internationales et d’experts.

 Une  autre rencontre internationale sur la transparence en Afrique a été tenue en janvier 2015 au cours de cette rencontre, Son Excellence le Président de la République a proposé d’élargir l’initiative de transparence  des industries extractives au secteur des pêches. Un forum international a été aussi organisé au début de l’année 2016 annonçant officiellement le lancement de l’initiative pour la transparence internationale dans le domaine des pêches.

En plus de cela, deux observatoires indépendants formés exclusivement de membres de la société civile, ont été créés pour suivre la lutte contre la corruption.

Ces efforts ont permis de réaliser des résultats substantiels dont le relèvement de 31 points du classement de notre pays au niveau de l’indicateur de transparence internationale entre 2011 et 2015, passant ainsi de la 143ème position à la 112ème. De même, s’agissant de l’indicateur de l’amélioration du climat des affaires, la Mauritanie a été désignée parmi les pays les plus en avance en matière d’exécution des réformes.

Le PIB est passé

en 2008 de 700 milliards à 1600 milliards d’ouguiyas

En février 2012, notre pays a été déclaré conforme aux critères de la transparence des industries extractives.

En outre, l’année 2015 a enregistré une évolution considérable, côté accès aux fonctions publiques et en matière d’amélioration de la justice et de l’équité dans la distribution des avantages accordés aux fonctionnaires, l’amélioration constante des ressources financières propres de l’Etat ;  la gestion rationnelle et rigoureuse des deniers publics qui ont permis de financer des projets et programmes importants ayant contribué à améliorer les conditions de vie des citoyens, en particulier ceux des franges vulnérables dans les zones rurales et péri-urbaines.

  Pour traduire par des chiffres les résultats de la lutte contre la gabegie, nous constatons que le PIB est passé en 2008 de 700 milliards à 1600 milliards d’Ouguiyas. Le budget de l’Etat, quant à lui, est passé de 240 milliards en 2008 à 460 milliards en 2016. Le budget d’investissement a été multiplié par quatre, passant de 32 milliards en 2009 à  124 milliards en 2016. Il est entièrement financé sur les ressources propres de l’Etat.

La lutte contre le double emploi des fonctionnaires ainsi que les emplois fictifs a permis d’économiser 2, 7 milliards d’Ouguiyas orientés essentiellement vers l’emploi de 1500 jeunes. Certaines rubriques, des budgets des établissements publics, destinées à couvrir les charges non prioritaires, ont été orientées vers des projets favorisant des opportunités d’emplois pour les jeunes.

Horizons: La lutte contre la dilapidation des deniers publics et la mauvaise gestion ainsi que la gabegie a –t- elle généré de nouvelles ressources qui ont affecté les efforts de développement de façon positive ?

Moctar Ould Djay : La concrétisation des orientations du Président de la République en matière de lutte contre la gabegie a engendré un bond qualitatif en matière de développement. C’est ainsi que le taux de pauvreté a diminué de 11 points entre 2008 et 2014, passant de 42% à 31%. Cet acquis a valeur d’exemple. De même, le taux d’extrême pauvreté a, sur la même période, a été ramené de  25,9% à 16,6% diminuant ainsi de 10 points..

  Les grands équilibres macroéconomiques ont conservé leur stabilité, le solde du compte extérieur couvrant  le déficit budgétaire global. Aussi, l’économie a –t- elle réalisé de bonnes performances au cours des cinq dernières années tout en contenant l’inflation.

Cette situation a permis de réaliser un bond  qualitatif dans le domaine des infrastructures des secteurs essentiels comme le transport (aéroports ; ports ; routes).

Ceci a permis le désenclavement de dizaines de communes et de chefs-lieux d’arrondissements

 La création d’un réseau routier urbain dans différentes capitales de wilayas).

Dans le domaine de l’énergie (multiplication de la production et début de l’utilisation de l’énergie non polluante).

Dans le domaine de l’agriculture (aménagement de davantage de terres ; création de canaux ; réalisation d’un taux de couverture de l’autosuffisance alimentaire au niveau du riz à concurrence de 80%).

Dans le domaine de la santé (création de plus de 10 grands hôpitaux, de dizaines de dispensaires, de centres et de points de santé) ; l’enseignement aussi a bénéficié d’une grande importance (création d'universités, d'écoles supérieures et instituts)  et de l’hydraulique (réseaux d’adduction d’eau Aftout Sahli ; Aftout Chergui etc);       

La politique financière suivie reposant sur la rationalisation de la gestion des moyens publics s’est répercutée sur les indicateurs suivants:

- Le PIB (hors pétrole) a presque doublé passant entre 2009 et 2015  de 797,599 millions d’Ouguiyas en 2009 à 1.523,919 millions;  

- Le budget d’investissement est passé de 80.803.347.550 UM en 2009 à 176.931.614.000 UM en 2015.

Mais c’est surtout la résilience dont le Pays a fait preuve au cours de la dernière crise économique qui a secoué de nombreuses économies, en raison de la forte baisse des cours des matières premières,  qui a été pour nous l'acquis majeur et le réel motif de satisfaction dans un contexte marqué par la baisse de moitié de la valeur de nos exportations en fer. Mieux, pendant la même période, il y a eu une augmentation des salaires et l'accroissement des investissements publics, dans le domaine des infrastructures de base et socio collectives. A cela s’ajoute les grands succès enregistrés en matière de lutte contre les défis sécuritaires.

Horizons: Quels sont les secteurs prioritaires en matière d’investissements publics et quels sont les choix de l’Etat pour orienter les fonds mobilisés à cette fin ?

Moctar Ould Djay : Partant du principe que les efforts du Gouvernement doivent être  au service d'un développement inclusif qui favorise la création d’emplois , l’atténuation du niveau de pauvreté sous toutes ses formes, et pour concrétiser ces choix, les secteurs  suivants ont été jugés prioritaires en matière d’investissements publics : 

- Les services de base ;

- L’enseignement, la santé ;

- Les infrastructures  de base (routes, aéroports, ports) ;

- L’énergie ;

- L’agriculture ; l’élevage ; la pêche ;

- L’emploi.

Le budget consolidé d’investissement pour l’année 2016 a atteint le montant de 261,255 milliards d’Ouguiyas soit une augmentation de 2,45% par rapport à l’année précédente.

Naturellement, le secteur de l’aménagement du territoire en a eu la part du lion avec plus de 95,938 milliards, soit 36,72% des fonds alloués à l’investissement alors que le secteur du développement industriel (hors SNIM) a bénéficié de 39,379 milliards d’Ouguiyas, soit l’équivalent  de 15% de l’ensemble des investissements. Le secteur du développement rural a, lui, eu droit à 41,863 milliards d’UM, soit un taux de 16,02 % du montant global des investissements tandis que celui des ressources humaines a atteint avec 26,344 milliards d’Ouguiyas ou  10,08 % du budget consolidé d’investissement.

 Il ressort de ce qui précède que la  plus grande partie  de cette enveloppe a été allouée aux  secteurs de la santé et de l’éducation nationale.

Le développement institutionnel a quant à lui bénéficié d’une enveloppe de 14,686 milliards

d’Ouguiyas soit 5,62%  des investissements publics (hors SNIM).

Horizons: Le niveau des investissements extérieurs reflète le niveau de confiance en l’Etat. Comment les investissements ont-ils évolué au cours des dernières années ? Et quels sont les secteurs clés vers lesquels ils ont été orientés ?

Moctar Ould Djay : Conscient du rôle majeur que pourrait jouer l’investissement dans un développement inclusif et durable par la mise  à notre disposition de capitaux, par le transfert de technologies, d’expertises et du savoir-faire, le Gouvernement continue à accorder un intérêt particulier aux investissements en favorisant un climat propice à leur attrait et en initiant, ces dernières années, des réformes profondes qui ont mis en confiance de nos partenaires au développement.

 Ces actions se sont traduites par l’augmentation sensible du volume des financements et dons extérieurs qui ont atteint 137 milliards d’Ouguiyas, ce qui représente 52,4% du budget consolidé d’investissement pour l’année 2016, et montre combien sont efficientes les grandes réformes économiques engagées qui ont  par ailleurs suscité l’adhésion de nos partenaires.

Le secteur de l’aménagement du territoire s’est vu attribuer la plus grosse part de ces financements extérieurs avec un montant de 91,966 milliards d’Ouguiyas, soit 20% de ces financements.

Le reste a été ventilé entre l’élevage, la pêche, l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’énergie, la protection sociale, la gouvernance et l’environnement.

Il est prévu que les financements extérieurs augmentent pour atteindre les 142.609.340.000 Ouguiyas au cours de l’année 2017.

 Ces fonds, destinés essentiellement aux secteurs productifs pour favoriser une croissance économique équilibrée, seront répartis de la manière suivante :

- Le secteur de l’énergie :43,9 % ;

- Le secteur de l’agriculture : 11,12 % ;

- Le secteur de l’hydraulique : 20,49 % ;

- Le secteur des infrastructures : 37,23 % ;

- Le secteur des services de base : 9 % ;

- Le secteur de l’emploi : 5,32 %.

Horizons: D’aucuns évoquent le poids de la dette extérieure, quel est le niveau de cet endettement par rapport au PIB?

Moctar Ould Djay : Même si La dette peut être considérée comme un signe de confiance, c'est vrai qu'elle est une arme à double tranchant car d'une part, elle peut constituer une entrave sérieuse au développement économique et social quand elle est mal utilisée, et d'autre part, un levier de développement lorsqu’elle est bien exploitée et quand elle fait l'objet d'une gestion rationnelle et quand elle est affectée aux secteurs générateurs de croissance.

Evidemment, nous avons choisi la 2ème option et vous pouvez vous en rendre compte en revenant aux programmes d’investissement exécutés sur financement extérieur et dont certains ont été évoqués plus haut.

Aujourd’hui, les réserves en devises s’élèvent

à 810 millions US$

Ce que certains semblent ignorer est que la situation de la dette  remonte, pour sa  partie la plus difficile à solutionner, à plusieurs décennies et que le service de la dette dans certains cas dépasse le principal. Une autre partie des prêts consentis a été dilapidée du fait de l’absence d’une vision, de mauvais choix et du gaspillage. Pour ces raisons, le Gouvernement s’est attelé, conformément aux orientations du Président de la République, à faire face à ces déséquilibres, notamment grâce à la rationalisation des crédits constitués en majorité de prêts concessionnels. Il convient de noter également que la structure des bailleurs de fonds est restée inchangée, ce qui dénote du degré de   confiance de nos partenaires. Ces dettes se sont élevées, fin 2015, à 3818,8 millions de Dollars, soit 78,6% du PIB (hors dettes du Koweït). Si nous tenons compte de la dette actualisée, ce taux serait 58%.

L’observateur attentif de l’évolution de la dette s’apercevra que son évolution est dans les normes, dans la mesure où elle a cru au cours des quatre dernières années  de 18%, 10%, 0,4% et 10% successivement au titre des années 2012 à 2015.

Rappelez-vous que l’endettement en 2000 s’est situé à 217% du PIB et en 2007 à 96,1%.

Ainsi, la question devrait porter non pas sur  le poids de la dette pays mais sur sa soutenabilité c'est  sa capacité de supporter le service de la dette ! C’est là où nous avons pu relever le défi car le service de la dette ne dépasse pas 10% des ressources du pays. C’est donc pourquoi, nous avons mérité la confiance de nos partenaires au développement.

Horizons: La couverture des besoins du pays en devises est un véritable indicateur de l’approvisionnement du marché et de la santé de l’économie. Quel est le niveau des réserves  en devises de la Banque centrale ?

Moctar Ould Djay : L’évolution ces dernières années du niveau des réserves en devises du pays est le résultat de la politique économique et financière rationnelle engagée par le Gouvernement. Rappelez-vous où se situait le niveau de ces réserves avant 2008 : elles suffisaient à peine à couvrir un (1) mois d’importations. Aujourd’hui ces réserves s’élèvent à 810 millions US$, soit l’équivalent de 6,5 mois d’importations. Il est prévu que ce taux de couverture atteigne 7 mois d’importations avant la fin de l’année en cours.

Horizons: Les prix de certaines denrées de consommations ont connu récemment une hausse au niveau du marché national. Quelles sont les raisons de cette hausse et les mesures prises pour y faire face ?

Moctar Ould Djay : Bien que nous ne partageons pas l’image sombre que certains veulent donner de la situation des prix, nous devons à la réalité de dire que nous restons malheureusement dépendants de l’extérieur en ce qui concerne la majorité des produits de consommation. Ainsi,  la maitrise des prix reste en deçà du niveau auquel nous aspirons.C’est pourquoi, la hausse constatée des prix de certains produits s’explique essentiellement par l’envolée de leur prix sur le marché international.

Elle est le résultat aussi de la baisse de la production de certaines denrées, consécutive aux changements climatiques, mais aussi à l’utilisation industrielle de certains produits comme la canne à sucre comme carburant. Ceci explique la montée des prix du sucre sur le marché international.

Il y a aussi l’effet de la  politique du gouvernement, visant à protéger la production locale telle que le riz contre la concurrence,  et enfin l’augmentation des coûts d’intrants qui entrent dans la structure des prix de certains  services tels que le transport, les assurances et les taxes  portuaires, etc. 

Très tôt, le Gouvernement a engagé une série de mesures pour faire face au glissement des prix. Il s’agit de l’augmentation des salaires  entre 30 et 50%  et le lancement du programme EMEL.

 La desserte en poisson et à un prix symbolique des différentes régions du pays. Il s’y ajoute la distribution de certaines denrées par le CSA ainsi que l’intervention de la SONIMEX pour réguler le marché chaque fois que de besoin.

Mais le bond qualitatif qui devrait à terme donner des résultats probants sera sans doute le lancement,  le mois dernier, de l’initiative Consommons mauritanien  par le Gouvernement, conformément aux orientations du Président de la République.

En effet, l’analyse de la structure des importations nationales en 2015 a montré l’ampleur du manque à gagner pour le pays : sur un total de 1200 milliards d’Ouguiyas en importations, il s’est avéré que la valeur de 200 milliards peut être produite localement et sans difficultés.

Aussi, le Gouvernement a pris un certain nombre de mesures visant l’exploitation rationnelle du potentiel de développement du pays, dont cette initiative qui devra encourager la diversification de l’économie grâce à  l’émergence de nouvelles entreprises capables de contribuer à la valorisation du potentiel de développement. Cette initiative se  décline en plusieurs composantes dont la création de plusieurs technopôles performants dont le 1er est spécialisé dans la production des légumes les plus consommés et importés actuellement et le 2ème  dans les productions animales avec un accent particulier sur l’élevage intensif et sur l’amélioration du rendement du secteur. Le 3ème pôle concerne les nouvelles technologies de l’information et de la communication et il permettra de couvrir les besoins du pays dans ce domaine. Le 4ème consiste en la mise en place d’une cité industrielle regroupant plusieurs unités industrielles spécialisées pouvant fournir des produits qui ne nécessitent pas une technologie de pointe mais dont l’importation constitue un lourd fardeau pour la balance des payements. Enfin, le dernier pôle permettra de développer les matériaux locaux de construction et de valoriser et promouvoir la production  des pierres, du sable et du gravier améliorés.

La  création de ces pôles ainsi que les importantes mesures  dans le domaine agricole, l’amélioration du climat des affaires et la valorisation des ressources halieutiques devront à terme contribuer à la régulation des prix sans porter atteinte aux principes de la libéralisation du marché.

Horizons: Quelles sont les grandes lignes du Budget 2017 ? Quelle est la part des secteurs sociaux dans ce budget?

Moctar Ould Djay : La préparation du budget de 2017 coïncide avec le démarrage de la Stratégie de Croissance Accélérée et Prospérité Partagée (SCAPP) 2016-2030 qui porte sur la vision stratégique du Gouvernement en matière de développement au cours des 15 prochaines années. Dans ce programme, nous avons pris en compte les objectifs de la stratégie qui comprend trois axes, à savoir :

1.            Promotion d’une croissance économique forte, inclusive et durable: permettant de créer des emplois décents et de redistribuer de façon équitable  les revenus;

2.            Développement du Capital humain: La formation de ressources humaines pour assurer une croissance rapide et permettre aux  populations  l’accès généralisé aux services essentiels, notamment en faveur des groupes vulnérables ;

3.            Mise en place de mécanismes de la gouvernance et de la  transparence : grâce  à l’application la bonne gouvernance qui est la garantie essentielle de l’amélioration de la gestion.

Le nouveau programme intervient dans un contexte mondial marqué par le ralentissement de la croissance en 2016 qui est restée en deçà du taux de 3,4% prévu initialement. Cette situation est attribuée au ralentissement de l’économie américaine, aux difficultés qu’a connues l’économie européenne avec le retrait de la Grande Bretagne de l’UE  (Brexit) et au retard du retour à l’équilibre de l’économie chinoise. Au niveau du continent africain, les deux plus grandes économies (République Sud-Africaine et Nigéria) ont connu une période de stagnation en 2016.

Au plan national, les indicateurs économiques augurent d’une bonne reprise après le choc enregistré suite à la chute des prix de matières premières au niveau du marché mondial en 2014. Le taux de croissance était alors de 2% en 2015. On s’attend à une amélioration de ce taux pour qui se situera autour de 3.5 % en 2016 et 5% ou plus en 2017.

Quant au taux d’inflation, il est resté sous contrôle ; le déficit budgétaire en 2016 serait nul et il est même prévu un léger excédent de 0,4%.

Les principaux objectifs du Budget 2017 sont à :

- Porter le taux de croissance à 5% ;

- Ramener le taux d’inflation à moins de 2% ;

- Maintenir le déficit du budget à environ 4% ; et

- Maintenir le niveau des réserves à 6 mois d’importation au cours de 2017.

Ces objectifs ont été fixés en partant d’hypothèses basées sur les efforts de  diversification de l’économie et la rupture avec la précarité et la dépendance vis-à-vis  de l’exportation des matières premières et des aléas climatiques, l'amélioration des exportations  de la SNIM, qui devront atteindre, pour la première fois, cette l'année prochaine, 15 millions de tonnes dans la foulée de l’importante évolution que connait  la production en 2016 ( 13 millions de tonnes).

On s’attend également à l’augmentation de la production de l’agriculture irriguée suite à l’évolution qu’a connue  le secteur avec la mise en service du Canal de Keur-Macène et l’aménagement de 29.000 ha au lieu de 6 à 9.000 ha auparavant.

Il y a lieu de citer ici les retombées positives de l’adoption de la Stratégie de Développement du Secteur de la Pêche et sa mise en vigueur en 2016 et qui a permis de doubler les recettes budgétaires du secteur et, tout porte à croire que cette dynamique se poursuivra  malgré quelques difficultés que nous espérons passagères.

L’année 2017 sera marquée par le lancement de trois projets structurants qui auront des effets positifs sur la croissance du pays : le port de N’Diago devra participer à doper à l’activité économique par la création de nouvelles opportunités d’emploi. Par ailleurs, il sera procédé à la reprise des travaux au port de Tanit; la grande mosquée dont la  capacité d’accueil est  de 15.000 fidèles devra également démarrer et   booster le secteur des BTP pour les deux années à venir. D’autres réformes viendront activer le secteur grâce à la signature  d’accords de partenariat entre les secteurs public  et privé (PPP) et à la feuille de route pour l’amélioration du climat des affaires qui permettront d’attirer de nouveaux  investisseurs et de dynamiser le secteur privé.

C’est ainsi que le Budget 2017 devra s’équilibrer en recettes et dépenses à 461,4 milliards d’Ouguiyas soit 10 milliards de plus (2,28%) par rapport à 2016. En y ajoutant les dépenses d’investissement financées par des ressources extérieures, il atteindra 603 milliards soit 15,2 milliards de plus que l’exercice précédent.

Les ressources internes s’élèvent à 473 milliards tandis que les financements extérieurs atteindront 142 milliards.

Les financements internes comprennent les recettes fiscales à hauteur de 320 milliards, les recettes non fiscales d’un montant de 92 milliards et les appuis budgétaires qui s’élèvent à 17 milliards d’Ouguiyas.

En ce qui concerne les dépenses, le Gouvernement entend poursuivre sa politique de rationalisation et favorisera les dépenses destinées aux administrations et services  proches du citoyen.   L’assainissement de la masse salariale   sera également poursuivi en s’assurant que ceux qui perçoivent les salaires de l’Etat sont bien ses employés et que le fonctionnaire perçoit un seul salaire et  pour un travail effectif.

Pour la première fois, les projets bénéficiaires seront déterminés ainsi que les montants. A titre d’exemple une enveloppe de 100 milliards d’Ouguiyas sera affectée à des projets connus d’avance, soit 30 projets. 5,4 milliards iront à la construction de la route Atar – Zouérate, 3,3 milliards à la route Kaédi – Maghama, 3 milliards à la finalisation de la route Atar – Tidjikja, 3 milliards à la route Kiffa – Boumdeid, 2 milliards à la route Mederdra –Rkiz, 1,6 milliards au tronçon Bénichab – RN1. Le même traitement sera réservé aux projets relevant de l’habitat et de l’éducation.

Le budget  2017 se caractérise par un excédent de 14,7 milliards, ce qui correspond à peu près à l’aide extérieure. 

En conclusion, le Budget 2017 œuvrera au maintien de la croissance et de la stabilité du cadre macroéconomique et à l’alignement des politiques économiques sur la SCAPP .

Il vise à relever  le taux de croissance, de contenir l’inflation  à un niveau raisonnable, maintenir un niveau de  réserves en devises adéquat, réduire le déficit budgétaire et adapter la politique fiscale aux objectifs généraux de la politique économique du pays.

Le budget favorisera l’accès des citoyens aux services de base, le rapprochement des services du citoyen à travers le renforcement et l’élargissement de la couverture sanitaire, la création ou la réhabilitation des établissements de l’enseignement, le développement de l’agriculture et la mise en place de projets créateurs d’emplois.  

Horizons: Quelles sont les perspectives économiques et financières ouvertes au pays au cours des prochaines années ?

Moctar Ould Djay : A la faveur des politiques économiques mises en œuvre au cours des dernières années, notre Pays  s'est engagé sur la voie de l’amélioration des performances macroéconomiques malgré la conjoncture économique mondiale défavorable marquée par la baisse des prix des matières premières sur le marché international.

Selon les prévisions, le taux de croissance du PIB doit atteindre 5% en 2017 et un taux moyen de 7% à l’horizon 2022.

Le dynamisme des secteurs de l’agriculture et de l’élevage devraient contribuer largement  à  l’attente de ce  taux de croissance. Les autres secteurs, notamment les industries extractives, contribueront pour leur part au relèvement de ce taux en raison de l’augmentation de la capacité de production et de la politique de réduction des coûts.

Les efforts du Gouvernement en termes de maitrise de l’inflation ont porté leur fruit. Ainsi l'augmentation du niveau général des prix  a été de l’ordre de 1,6% en 2016 et ne devrait pas dépasser 2,7% en 2017.

La stratégie du Gouvernement en matière de  finances, vise le renforcement  de la position des finances publiques et à la mise en place d’un budget à même de financer les dépenses sociales et les infrastructures.   Ceci se réalisera par l’élargissement de la base imposable, le renforcement de l’Administration fiscale et douanière, la maitrise  des salaires de la Fonction publique, la rationalisation des dépenses, l’amélioration de la qualité des investissements, la bonne exécution du budget et l’utilisation transparente et efficace des ressources publiques afin de contenir le déficit du budget à un niveau inférieur à moins de 2% en 2017.

S’agissant de la position extérieure, cette tendance devra se confirmer et l'objectif visé en 2017  est la couverture de 7,7 mois d’importations (hors secteur extractif). Le compte courant a connu une nette amélioration avec la réduction de son  déficit à 12%.

Horizons   SPECIAL 28 NOVEMBRE 2016

N° 6902

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